Postface — Ce qui reste dans l’ombre

Ce livre n’a pas la prétention de tout dire.

Il n’en aurait ni la place, ni même la force.

Tant de visages, de pactes, de rencontres et de secrets restent encore dans l’ombre. Certaines histoires demandent du temps avant d’être racontées. D’autres exigent du recul. D’autres encore resteront peut-être à jamais dans le silence, par respect, par prudence ou parce que tout ne peut pas être livré d’un seul coup.

Ce livre est une première traversée. Pas la totalité du voyage.

Dans mon chemin de vie, j’ai croisé des personnalités controversées, des hommes de pouvoir, des figures de l’ombre, des familles influentes, des frères de route, des protecteurs inattendus et des hommes que l’histoire officielle ne nomme pas toujours.

J’ai été accueilli, parfois presque adopté, par des familles, principalement africaines, qui m’ont ouvert leurs portes comme si j’étais l’un des leurs.

J’ai fréquenté la pègre européenne et internationale. La mafia corse, dont un grand nom lié à l’histoire de la French Connection. Un ancien parrain parisien des années soixante-dix, qui fut pour moi comme un tonton de la rue. Des réseaux d’Île-de-France, de Marseille, de Lyon, de Grenoble et d’ailleurs. Des hommes aux trajectoires parfois violentes, parfois fascinantes, toujours complexes.

Parmi ces hommes croisés sur la route, certains furent comme des grands frères. Des figures fortes, protectrices parfois, dangereuses aussi, dont les trajectoires ont fini par dépasser tout ce que l’on aurait pu imaginer.

L’un d’eux, originaire du Maroc, fut impliqué bien des années plus tard dans l’une des affaires de terrorisme les plus médiatisées. Ce n’est ni une fierté, ni un trophée, ni une histoire que l’on raconte pour impressionner. C’est au contraire une réalité difficile à poser sur le papier, tant elle paraît irréelle lorsqu’on repense à l’homme que l’on a connu, aux moments partagés, aux routes croisées, aux liens d’avant.

Il y a des destins qui basculent si loin qu’ils deviennent presque impossibles à comprendre. On regarde alors le passé avec une question muette : comment certains chemins peuvent-ils mener aussi loin dans l’ombre ?

À l’international, je suis devenu le neveu de cœur du patron du Haut Rif central, à Ketama, capitale mondiale du cannabis. Avec lui, j’ai mené plusieurs démarches, notamment ces dernières années dans un cadre légal, autour de la reconnaissance et de la protection de la plante à usage médicinal.

Un frère turc, ancien patron Europe des Loups Gris, m’a ouvert les portes de la Turquie dans certaines démarches. J’ai également été proche des Hells Angels du Québec grâce à mon frère J., toujours présent, même lorsque le ciel s’assombrissait.

En Afrique, l’histoire est longue. Très longue.

Ma première compagne, mère de mes enfants, venait d’une grande famille influente dans plusieurs pays. J’ai été accueilli par une famille royale en Côte d’Ivoire, où mes enfants ont été faits prince et princesse. J’ai également été adopté par une famille royale togolaise. J’ai une famille congolaise dont le patriarche a fait partie des pères fondateurs du Congo-Brazzaville. Et j’ai été mêlé à deux coups d’État en Afrique.

J’ai accompagné l’une des plus grandes sociétés russes, présidée par Vladimir Poutine, avant que le conflit russo-ukrainien ne vienne réduire la démarche à néant. J’ai approché des membres des familles royales des Émirats arabes unis et d’Arabie Saoudite. Des amis m’ont relié aux cercles fermés du pétrole, de l’armement, du gaz et d’autres secteurs stratégiques.

J’ai souvent évolué entouré de gardes du corps et d’anciens membres des forces spéciales de plusieurs pays, dont un ancien membre de la garde rapprochée de Poutine. J’ai côtoyé la politique dans plusieurs États, jusqu’aux Premières dames, aux Présidents, aux généraux les plus influents.

J’ai conseillé des sénateurs, des chefs de police, des généraux, des dirigeants d’entreprises internationales. J’ai également été honorable correspondant pendant plusieurs années, ambassadeur pour la paix au sein d’une organisation internationale, conseiller spécial auprès de la Fondation pontificale du Vatican, et membre diplomatique civil, en qualité d’officier, de l’ICA — Interpol Center USA — rattaché à l’IHRC, la Commission Internationale des Droits de l’Homme.

Ces titres, ces fonctions, ces rencontres, ces contradictions aussi, racontent une chose : ma vie n’a jamais suivi une ligne droite. Elle s’est construite entre des mondes qui ne se parlent pas, entre des hommes de l’ombre et des institutions, entre les blessures de la rue et les couloirs du pouvoir.

Tout cela ne pouvait pas entrer dans ce volume.

Ce livre n’est donc pas une fin. C’est un jalon. Une première pierre posée sur le chemin de la mémoire.

D’autres pages viendront peut-être. D’autres vérités. D’autres visages. D’autres zones d’ombre à éclairer.

La suite s’écrira demain.